Minute Papillon : mettre son plan à exécution (2/3)


Se mettre à la place de son enfant

Elle rammasse des feuilles plutôt que d’avancer sur le chemin de d’école? Elle a trouvé un escargot et avance à la même allure! Elle préfère jouer plutôt que s’habiller ? 
Vous sentez la moutarde vous monter au nez !?
Une petite voix raisonne en moi , non je ne suis pas schizophrène, c’est juste la voix de Jean Michel : le psy de la pmi. La première année de maternelle de Faustine a été difficile. Elle n’avait pas 3 ans quand elle a rejoint les bancs de l’école. Elle était tout juste propre et totalement accro à la tétine, objet formellement interdit. Je regrette que l’institution ne lui ai pas laissé le temps de s’en défaire. Elle a vécu cette séparation avec violence et faisait des crises pour l’emmener en classe. Les matins et les trajets étaient éprouvants pour tout le monde. A la maison, nous avions affaire à une petite fille en colère. Je suis allée demander de l’aide à la PMI, je voulais comprendre. La réponse de Jean-Michel a été simple: « votre fille est fatiguée », son conseil : la mettre à l’école en demi-journée. Je n’ai pas mis en pratique cette préconisation mais je pense que ça l’aurait aidée. De toute évidence, il avait raison: dès qu’elle franchissait le pas de la porte de l’appartement, elle s’endormait sur le carrelage.
Concernant les crises dans la rue , il m’a demandé de prendre le temps de les gérer quitte à être en retard au travail. Je me suis dit : « Il est marrant Jean-Michel », mais en fait il avait raison. Je paniquais et je ralentissais l’issue du moment désagréable. Avec du recul, je comprends ma fille : son rythme naturel n’était pas respecté, elle était privée de son objet rassurant, et son rendez-vous avec le petit escargot était pour elle aussi important que mon rendez vous de travail … Mais voilà : je la voyais déjà grande , je ne voulais pas accepter que notre rapport au temps était différent. Ensuite, je me suis renseignée : à deux ans l’enfant ne sait pas encore différer son désir, à 3 ans il comprend le présent, à 4 ans il intègre le passé et le futur. Ces informations m’ont permis de remettre les choses dans leur contexte.

La phase de rébellion : resister à la pression sociale

J’ai appris à me dégager du regard des autres. Régulièrement, des personnes intervenaient quand ma fille ne voulait plus avancer dans la rue : « ah les enfants de maintenant …Y a des baffes qui se perdent et patati et patata …» Leurs intrusions me stressaient et m’empêchaient de gérer la situation sereinement, me forçant à intervenir de manière inadaptée dans l’urgence. C’était comme si j’étais fautive et que j’avais quelque chose à prouver. Maintenant que je sais que cette situation était temporaire et que j’ai pris confiance en moi, je serais bien tentée de leur dire que : « les enfants de maintenant n’ont pas peur des adultes , qu’ils ont besoin de temps pour évacuer ce trop plein que la société leur impose « . Il y a quand même eu beaucoup de gentillesse, je me souviendrai toujours de ce garagiste qui s’est mis à faire le chien pour faire avancer ma fille, elle l’a pris pour une fou et elle a pris ses jambes à son cou. . Il y a aussi eu ce vigile qui l’a gardée le temps que je fasse mes courses, merci les gars et ouf je n’ai plus besoin de vous! Depuis l’arrivée de ma deuxième fille, je fais un break professionnel. Le climat s’est apaisé même si parfois, même souvent, les mauvaises habitudes ressurgissent. Je mets une pièce dans la tirelire à chaque fois que je dis « dépêche toi, vite » . Ma fille fait des moins grosses journées, elle est moins fatiguée et joyeuse mais encore une fois, je regrette que son rythme naturel ne soit pas plus respecté. Elle a encore souvent besoin de faire des siestes l’après midi et ce n’est pas possible à l’école. 

Leur apprendre à prendre leur temps :

  • Les outils : J’ai cherché des livres en rapport avec le sujet du temps. Ces supports ont un double usage : celui de montrer à mes filles qu’elles ont le droit d’avoir leur propre rythme et de nous aider, à nous adultes, à prendre du recul sur notre façon de vivre. Il y a quelques jours, Faustine est allée chercher un de ces livres quand son père lui a demandé de se dépêcher , elle lui a dit : »Je prends le temps ». Il y a eu un blanc et nous sommes mis à rire, le stress s’est envolé et le timing a été respecté. Une astuce qui fonctionne bien aussi : c’est de demander à l’enfant « De combien temps penses-tu encore avoir besoin ? » pour finir une action comme s’habiller ou jouer au parc par exemple , plutôt que de lui dire en rallant : « allez on s’en va, dépêche toi c’est l’heure de rentrer ». En effet, même s’il n’a pas la notion du temps, l’enfant se sent acteur de la situation et se responsabilise. J’avais lu ce conseil dans un bouquin, il me semblait simpliste et en fait il fonctionne.
  • La contemplation : Nous prenons plus souvent le temps d’observer les saisons, les fleurs, les insectes. Nous nous arrêtons pour nous reconnecter à notre corps, pour écouter les bruits,mais aussi le silence. Personnellement, j’ai toujours eu peur des blancs dans les conversations alors que je pense qu’ils sont importants. Apprivoiser et apprécier le silence me semble bénéfique, nous travaillons ça ensemble…
  • La procrastination , Exit les agendas de ministres ! je laisse les filles s’ennuyer pour qu’elle puissent apprendre : à créer, à être seules, à observer par elles mêmes le monde qui les entoure. Ça me repose! J’aime voir Faustine se déguiser et l’écouter à travers la porte de sa chambre inventer des histoires.
  • Un petit goût de liberté : régulièrement, je ne prends plus la poussette le soir pour qu’Ariane puisse rentrer à pied. Les gens s’arrêtent dans la rue non plus pour mettre leur grain de sel mais parce qu’ils prennent plaisir à la regarder courir avec son big smile .

J’ai conscience que tout sera plus compliqué à appliquer quand je reprendrai mon métro quotidiennement. J’aurais l’esprit envahi par les tracas du boulot, mais j’aimerais qu’il reste quelque chose de cet équilibre que l’on a eu tant de mal à trouver. C’est aussi pour ça que j’écris cet article , pour encrer des changements de vie, qu’il soit le garde fou de nos priorités. Je ne peux pas me résoudre à penser que c’est un luxe de vivre simplement en recherchant plus d’harmonie avec la nature et nos rythmes naturels. J’espère que la société évoluera en ce sens, il y a tant de choses à faire…commençons avec un peu d’optimisme : moi j’y crois à cette vie qui respire, « et ça c’est rien de le dire » comme dirait la chanson !

« Temps calme » de G.Diederichs est un livre destiné aux enfants de 4 à 12 ans. Il est composé de 50 exercices de méditation ludiques qui permettent d’aider l’enfant à prendre conscience et d’être à l’écoute de son corps et de sa respiration.

Activité destinée à aider l’enfant à apprécier le monde du silence et à vivre un moment de paix ( référence : 1000 activités Montessori pour préparer son enfant à lire et à écrire de Marie-Hélène Place)

« l’enfant a besoin de moments de paix pour se reposer et pour écouter ses pensées. Installez le silence et lui faites lui écouter les bruits de son corps en fermant les yeux. Demandez lui de lever un bras, en écoutant le bruit qu’il fait, puis de tourner sa tête tourner à droite, à gauche/ Ensuite de rouvrir les yeux, de se lever, de traverser la pièce en marchant doucement puis de se rasseoir. L’enfant entendra les bruits imperceptibles de ses articulations, de ses pieds sur le sol, de sa respiration,. Ensuite asseyez-vous par terre de l’autre bout de la pièce et dites lui que lorsque vous l’appellerez par son prénom, en chuchotant , il pourra venir s’asseoir à côté de vous en faisant le moins de bruit possible . Attendez un petit instant et murmurez son prénom. »

A lire à vos enfants, ce joli livre : »Prendre le temps » de Maud Roegiers

« Il y a un Tigre dans le jardin » de Lizzy Stewart, une belle histoire sur le thème de l’imagination. Un après-midi d’ennui , Nora revisite le jardin de sa grand-mère. « Découvrir de l’extraordinaire dans l’ ordinaire »: Faustine aime beaucoup ce livre et moi aussi !

« Ecoute le silence « de Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier : un petit livre pour prendre le temps d’écouter.

« Arthur et les gens très pressés  » de Nadine Brun-Cosme et Aurélie Guillerey : « Chaque jour , le papa d’Arthur, sa maman, le maître, l’animatrice lui disent : »Presse-toi »..un matin, il se retrouve seul devant son bol de chocolat et peut enfin prendre son temps »

« Minute Papillon  » (1/3): la phase d’introspection

« Les habitants des grandes villes marchent de plus en plus vite, parlent de plus en plus vite , ont de plus en plus d’infarctus » cette phrase d’un documentaire intitulé « le temps c’est de l’argent » a raisonné en moi. Et si la suite c’était ça :« Ils font courir leurs enfants de plus en plus vite… » Comme le souligne ce reportage, nous sommes pris dans un système de rentabilité : du temps et des ressources de la planète.

Mon rapport au temps :

Je m’impose donc de réfléchir à mon rapport au temps. La culpabité est bien présente, un tas de linge sale dans un coin, le repas à préparer… Ce n’est pas grave, je mange très vite ,je rattraperai rapidement le temps perdu! Un jour Faustine est rentrée de l’école en me disant « Maman à la cantine mes copains m’ont demandé pourquoi je mangeais vite… je leur ai dit que ma maman mangeait très vite ». Ces propos m’ont fait réfléchir, mon père aussi mangeait à une vitesse fulgurante, parfois juste une banane en guise de repas : il était souvent pressé. J’ai réalisé a quel point nous fonctionnions par imitation. Première prise de conscience : pour que mes enfants ne soient pas aspirés dans cette spirale infernale, il faut d’abord que je ne le sois pas moi même. Chaque personne a un rapport intime au temps et peut décider de la façon dont il l’utilise. Bref, il faut prendre le temps de se connaitre, de s’écouter et d’écouter les autres. J’ai lu qu’il était bénéfique de réaliser avec lenteur un geste habituel du quotidien, à vous de choisir le votre , ce sera peut-être boire votre café, faire la cuisine ou vous laver sans vous presser. Le mien sera de manger plus lentement. J’ai réfléchi à ce qui compte le plus à mes yeux et j’ai décidé d’agir en conséquence, voici mes axes de changement :

  • exercice quotidien : ne rien faire en fermant les yeux pendant 5 minutes
  • ne pas me précipiter , réfléchir (as ton vraiment besoin d’acheter cet objet ?)
  • lire
  • écouter mon corps, en prenant conscience de mes membres grâce à des exercices de Pilates , manger plus lentement me permettra peut-être d’avoir un rapport différent à la satiété
  • garder en tête mon besoin d’activités non productives , je ne peux pas dire non lucratives parce qu’en congé parental je ne suis pas vraiment « rentable » 🙂
  • ne pas faire plusieurs choses en même temps
  • donner du temps aux autres : jouer avec ses enfants, passer des moments en tête à tête avec chacun des membres de la famille, s’occuper des enfants pour laisser du temps à l’autre, , donner du temps à des personnes qui sont seules, appeler mes proches juste pour prendre des nouvelles. La grande bavarde que je suis doit apprendre à contrôler son flux de paroles, à mieux écouter l’autre sans interrompre, et surtout à accepter les silences nécessaires à la réflexion.
  • Ne pas croire que l’on peut disposer du temps des autres

Pour que ces résolutions deviennent une rengaine, puis une habitude bien encrée, je vais me préparer des grilles à cocher : quotidiennes, puis hebdomadaires.

Ceuli à qui je ne veux jamais ressembler !


Pour les grands pressés, un petits cahiers d’exercices pour ralentir quand tout va trop vite, écrit par Erik Pigani , psychologue.

L’ introspection en famille

« prendre le temps d’aller en vélo au travail, prendre le temps de ne rien faire, de jardiner, écouter de la musique, jouer, déguster une pâtisserie plutôt que de boulotter des pains au lait, prendre le temps de respirer, d’observer la nature, inventer une histoire, trouver des moments pour son couple… »Nous avons réfléchi en famille et nous avons mis nos priorités sur ces petits papiers . Il ne faudra pas oublier de piocher dans le sac à temps histoire de nous ramener à l’essentiel.

Reportage intéressant « Le temps c’est de l’argent »

un documentaire qui retrace l’évolution historique de la perception du temps, Le rapport entre temps et la productivité, qui aborde les initiatives pour remédier aux conséquences sur la vie des hommes et sur l’économie. http://www.black-hat-seo.org/videos/le-temps-cest-de-largent-reportage-arte